ORIENTATION

Admission parallèle en école

Admissions parallèles en écoles ? Évolution des mentalités, regain d'intérêt des recruteurs, multiplication des formations...

Évolution des mentalités, regain d'intérêt des recruteurs, multiplication des formations universitaires qui offrent des passerelles... Bien que le principe de l'admission parallèle ne soit pas nouveau, voilà une dizaine d'années que cette voie représente, par le nombre de places offertes, une réelle chance pour ceux qui n'auraient pas pu ou pas voulu intégrer une prépa post-bac.

"C'est comme au loto : 100 % des gagnants ont tenté leur chance", aime à dire Jean-François Fiorina, directeur de l'ESC Grenoble et délégué général de la banque Passerelle qui gère le concours des admissions parallèles, commun à 16 écoles de commerce.

Rien n'est donc jamais perdu, et c'est ce que disent aussi ceux qui sont passés par cette voie qui permet à des titulaires de bac +2, 3 ou 4 d'intégrer une grande école de commerce ou d'ingénieurs sans passer par une classe prépa.

Des concours communs pour multiplier les chances

Côté écoles de commerce, il y a de sérieuses possibilités, parce qu'elles s'y sont toutes mises et que les places sont de plus en plus conséquentes.

« Compte tenu du nombre de places significatif qui leur est dédié - ce ne sont pas 10 étudiants dans un coin - tout le monde peut tenter sa chance ! », poursuit Jean-François Fiorina.

Pour les écoles de commerce, il existe les concours Passerelles ESC (16 écoles regroupées donc 16 chances d'intégrer), Tremplin et CAD (concours d'admission directe), et pour les écoles d'ingénieurs, le concours ATS (adaptation technicien supérieur) qui regroupe plus de trente écoles dont Centrale Lille et Nantes, ainsi que les concours DEUG physique, DEUG chimie et la banque d'épreuves DUT/BTS.

À titre d'exemple, le concours Passerelle a offert plus de 600 places supplémentaires en 4 ans pour l'entrée en 1re année et près de 800 places de plus pour l'entrée en 2e année dédiée aux titulaires d'un bac +3.

Mais attention, le nombre de places ou le niveau d'études attendus divergent de l'une à l'autre école. Ainsi, sur les 1 592 places du concours Passerelle 2010, les candidats à la 1re année auront 160 sièges et plus à leur disposition à Montpellier, La Rochelle ou encore Amiens, mais trois fois moins à Dijon (50) ou à Strasbourg (70).

Même grand écart pour les entrées en 2e année. Audencia Nantes, HEC, ESCP-EAP, EM Lyon réservent, quant à elles, les admissions parallèles aux bac +3 et l'ESSEC ne tape pas en dessous des bac +4 !

Profils variés pour écoles de commerce, profil scientifique en écoles d'ingénieurs

Les flux grossissent aussi en écoles d'ingénieurs, mais en moyenne, le nombre de places par école reste faible, entre deux et une quinzaine. Mais comme certaines ont des concours communs, on peut néanmoins augmenter ses chances. Pour 2010, près de 800 places sont ainsi offertes aux candidats de DUT dans les écoles du réseau Polytech. Pour ce type d'école, mieux vaut avoir un profil scientifique.

Les BTS et DUT restent les diplômés privilégiés pour suivre la formation grâce à des bases solides dans ce domaine et à leur plus grande capacité d'abstraction.

Et l'on a d'autant plus de chances de réussir les concours si l'on se présente avec des spécialités telles que l'informatique et les réseaux, la chimie, la mécanique et les automatismes industriels, les systèmes électroniques, l'électrotechnique, ou encore le contrôle industriel. En revanche, beaucoup d'écoles de commerce s'ouvrent à des profils plus variés.

Le concours Passerelle prévoit ainsi une vingtaine d'options avec de gros coefficients telles que biologie, technologie, maths, littérature, allemand ou encore STAPS et hôtellerie-restauration. Objectif : permettre de maximiser ses chances en fonction de sa formation d'origine. L'an passé pour ce concours, les candidats bac +2 étaient ainsi issus de 90 formations différentes et de 103 chez les bac +3 !

Attention au calendrier !

- La plupart des inscriptions se font avant la fin du mois de mars, les épreuves écrites se déroulant en avril et les oraux en juin-juillet.
- Comptez au minimum 300 euros pour vous inscrire aux concours des écoles de commerce et environ 150 euros pour les écoles d'ingénieurs si vous n'êtes pas boursier.

Opportunités ne rime pas avec facilité

Il y a donc de solides possibilités. En revanche, ça n'est pas plus facile d'être admis que pour un prépa. L'entrée en école reste un concours très sélectif...

En outre, l'augmentation régulière des candidats alléchés par un diplôme de bac +5 qui ouvre de meilleures perspectives de recrutement et de rémunération, fait que les places sont chères.

C'est peut-être plus difficile encore pour entrer en écoles d'ingénieurs parce qu'elles offrent moins de places et que certaines ne recourent pas à un concours, par exemple les INSA.

Ce qui signifie donc que le dossier doit être "béton" et qu'il vaut mieux avoir été bon tout le temps dans sa scolarité. Sachez aussi que là où on vous attend le plus, c'est à l'entretien. Beaucoup d'écoles attendent de vous soit la démonstration d'une personnalité affirmée, soit la présentation d'un projet professionnel "construit, cohérent et illustré", insiste Aimery de Vaujuas, avocat du barreau qui a lui-même intégré l'EM Lyon en admission parallèle, et fondateur d'une prépa.

Point de vue

Les "parallèles" : plus pragmatiques que les prépas, selon Jean-François Fiorina, délégué général de la banque Passerelle ESC...

Les étudiants issus d'admission parallèle sont-ils d'aussi "bonne qualité" que ceux issus des prépas ?

Oui, parce qu'il y d'abord le concours qui sert de sélection : on reste dans un certain élitisme ! Les étudiants peuvent se regarder de la même manière, ils sont tous là par leur mérite. Et ce, même si les concours sont différents car les formations sont différentes au départ.
Ensuite, si l'on compare les résultats scolaires, la qualité des stages, l'insertion professionnelle, ils sont aussi bons que les étudiants de prépa. Enfin, les recruteurs sont demandeurs de profils très variés car ils ont des besoins très différents. Ils ne veulent pas d'armées de clones. Or les « passerelles » peuvent avoir justement une autre vision du monde, un goût plus important pour une matière, une fonction...

Ils sont meilleurs que les autres sur certains plans ?

Ils sont différents dans la manière d'aborder les choses. Les étudiants issus des admissions parallèles sont très pragmatiques et savent ce qu'ils veulent alors que les prépas ont une plus grande capacité à conceptualiser les choses. Exemple, en travail de groupe, un prépa va envisager toutes les solutions, faire la thèse et l'antithèse alors que le passerelle va aller directement à l'essentiel, être très pragmatique, parfois en passant sur des points importants. Mais du coup, ils se complètent bien et apprennent les uns des autres.

 

D'aussi beaux parcours que les prépas

Une fois dans les murs, les choses ne sont plus si dures. Et ceux qui rentrent en 2e année en école de commerce ou en cours de cursus en école d'ingénieurs bénéficient la plupart du temps de programmes de remise à niveau, voire d'un suivi particulier.
Certains cours restent néanmoins plus difficiles que d'autres.

"Pour un juriste, la micro-économie ça paraît très abstrait !", reconnaît Aimery de Vaujuas. Un diplômé de master en biologie se souvient de son côté avoir eu du mal à suivre en école d'ingénieurs des matières telles que la physique et la chimie qu'il n'avait pas revues depuis le lycée. Résultat, il tire un trait sur ses sorties du week-end !

Ces diplômés semblent aussi plaire aux employeurs qui apprécient "l'expertise technique dans un domaine précis acquise en formation initiale et les expériences en entreprise, la capacité à travailler en groupe, à animer une réunion, les compétences en langue... complétées en école", complète Aimery de Vaujuas.

On les attend à des postes de manager, dans les métiers de la finance ou du droit, notamment dans "des cabinets d'avocats d'affaires qui pour certains ne recrutent que ces doubles-compétences". Et les doubles-titulaires de diplômes d'ingénieur et de commerce sont convoités pour des postes de directeurs commerciaux ou dans des secteurs pointus comme la logistique et le management industriel.

Enfin, en réussissant une admission parallèle, dites-vous que vous n'êtes plus considérés comme entrant par "la petite porte", comme ce fut le cas pendant longtemps. Cet ancien de l'EDHEC rentré directement en 2e année se souvient ainsi qu'à son époque "les étudiants ne pouvaient intégrer les associations les plus prestigieuses et influentes de l'école fortement corporatistes, qu'en première année", constituant ainsi "déjà une sélection sur les réseaux que l'on peut se créer".

À part ces anecdotes, les parcours montrent, comme le souligne Aimery de Vaujuas que "ça n'est plus un plan B mais une véritable seconde porte", alors pourquoi se priver ?

 

Témoignages

Cédric Herlin a été diplômé de L3 à Paris Dauphine puis de l'EDHEC... 

« Deux expériences complémentaires »

« Mon dossier à l'issue du bac n'était pas suffisamment « béton » pour prétendre aux meilleures écoles. J'avais par ailleurs pas mal d'activités extra-scolaires que je ne voulais pas abandonner. J'ai choisi la filière maths appliquées qui représentait la meilleure alternative à une prépa et j'ai réussi, en L3, à rentrer en 2e année de l'EDHEC.
J'ai été très content d'avoir ces deux expériences car elles sont complémentaires. J'ai bénéficié d'une approche théorique, une façon de raisonner à l'université et d'une approche davantage tournée vers le monde de l'entreprise à l'école.

De plus, en arrivant à l'école, j'ai eu l'impression que j'avais déjà fait beaucoup de choses alors que les autres avaient passé plusieurs années la tête dans le guidon. En commençant par l'université on peut apprendre le droit, le chinois, la chimie, étudier des choses qui vous passionnent...
La prépa apprend à travailler mais n'ouvre pas sur le monde. Quant aux concours, ils se travaillent. Pour l'écrit, tous ceux qui s'en donnent les moyens peuvent être admissibles. L'oral est plus difficile car il y a à la fois des questions de techniques - comment se présenter - et de personnalité. Pour le même type d'entretien, j'ai eu 4 à l'EM Lyon et 18 à l'EDHEC ! »

 

Vincent Delahaie a été diplômé d'un master 2 de biologie puis de l'INSA Toulouse...

« Les places sont chères mais c'est possible »

« Après avoir obtenu mon bac S, je suis allé à la fac. Je n'avais pas du tout envisagé de faire une école d'ingénieurs, je voulais faire de la recherche en sciences du vivant. Mais après un stage de 6 mois au CNRS, je me suis rendu compte que la recherche fondamentale était trop loin de ce qui m'intéressait. J'ai fait un dossier à l'issue du M2 pour intégrer l'INSA, sans trop y croire car je savais que les places étaient chères. Mais j'ai été retenu avec 4 ou 5 autres à l'entretien puis le seul reçu en 4e année, puisque cette année là il n'y avaitqu'une seule place !

L'intégration est très difficile mais pas impossible ! C'est surtout l'entretien devant le jury qu'il faut très bien préparer. On doit présenter ses motivations, ses objectifs professionnels, pourquoi on veut intégrer l'INSA. Avant, il faut s'être renseigné sur l'école, les débouchés, voire avoir rencontré des personnes sorties de l'INSA ou encore des enseignants. Mon parcours m'a surtout servi en entretien. Quand on me demandait si j'avais une bonne capacité d'adaptation, la preuve était sur mon CV. Je n'ai pas eu peur de laisser le confort de la fac où tout se passait bien pour moi, où j'étais admis en DEA, pour intégrer l'INSA avec toutes les difficultés que cela impliquait. »

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